Un programme de carrières en santé donne vie à une vision des effectifs autochtones
M. Malcolm King sait personnellement comment un enseignant du secondaire qui est une source d'inspiration peut changer une vie. Cette expérience l'a convaincu que pour augmenter le nombre de professionnels de la santé autochtones au Canada, il faut commencer avant que les étudiants arrivent à l'université.
" J'étais bon à l'école et M. Hall, mon excentrique professeur de sciences, m'a inscrit à un camp d'été en sciences ", rappelle M. King au sujet de sa jeunesse dans la Première nation des Mississaugas de New Credit. " Le camp réunissait un groupe d'élite de jeunes et m'a encouragé à aller plus loin. "
En 1985 - après avoir obtenu un doctorat en chimie et fait carrière en recherche biomédicale sur la scène internationale, M. King était devenu le premier Autochtone à enseigner dans une faculté des sciences de la santé au Canada. À l'Université de l'Alberta, M. King s'est retrouvé dans un environnement où les questions de santé des Autochtones constituaient un sujet d'étude et de débat.
À sa grande surprise et dans le contexte des recherches qu'il poursuivait en santé respiratoire, il a entrepris une deuxième carrière d'exemple et de promoteur. M. King fera part de son expérience et de son savoir au cours de l'atelier sur l'édification des effectifs de la santé autochtones qui aura lieu pendant le Sommet national sur les ressources humaines de la santé que le Conseil de la santé tiendra à Toronto le 23 juin.
Comme le Conseil de la santé l'a entendu au Nunavut l'an dernier, les Autochtones veulent avoir des services de santé dispensés sur la scène locale, dans leur propre langue et par des membres de leur propre peuple, et ils en ont besoin. Le coût des vols dans le contexte des soins de santé draine les budgets de la santé du Nord et entraîne de graves perturbations sociales. Le manque de connaissance culturelle chez les professionnels de la santé alourdit les défis qu'il faut relever pour s'attaquer aux énormes disparités sur le plan de la santé auxquelles font face les collectivités autochtones.
M. King calcule que pour parvenir à l'équité avec la population en général - desservie par un médecin pour quelque 500 personnes - le Canada aurait besoin d'environ 1 800 médecins autochtones. Aujourd'hui, il y en a au maximum 200, dont la plupart sont de jeunes diplômés, et moins de 10 enseignent dans une faculté de médecine.
Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais M. King adopte une perspective à long terme. Lancé par l'Université de l'Alberta en 1998, le Programme de carrières en soins de santé pour les Autochtones produira son 37e médecin cette année. Le programme accorde aux étudiants en médecine, en art dentaire et dans d'autres professions de la santé de l'aide scolaire, financière et psychologique. Quelques-unes seulement des 17 facultés de médecine du Canada ont lancé des initiatives semblables.
Comme directeur du programme de l'Alberta depuis 12 ans, M. King a vu la différence que font ces diplômés.
Certains pratiquent dans des établissements de détention ou à l'urgence d'hôpitaux urbains, où le fardeau supplémentaire que les besoins en soins de santé mentale et physique imposent aux Autochtones est évident. Des diplômés travaillent en recherche et d'autres dispensent des soins dans des collectivités des Premières nations. " D'autres apportent des contributions plus générales en chirurgie orthopédique ou en urgentologie, par exemple, mais ils constitueront certainement un exemple pour de futurs étudiants ", ajoute-t-il.
L'enseignement qui porte sur la médecine traditionnelle est dirigé en grande partie par les étudiants eux-mêmes. Ils organisent des journées de la santé des Autochtones, particulièrement comme initiation pour les étudiants de première année dont beaucoup proviennent de régions urbaines. L'expérience qu'ils vivent dans une suerie ou en écoutant un aîné qui est guérisseur traditionnel peut constituer leur premier contact avec cet aspect essentiel de leur propre culture ancestrale.
" Ces événements ont plus d'effet parce qu'ils proviennent des étudiants, mais les enseignants souhaiteraient qu'ils fassent partie du cursus de base, signale M. King. L'acquisition de la compétence culturelle devrait faire partie des examens que les diplômés doivent réussir pour obtenir leur permis d'exercice. "
M. King cherche toujours à atteindre ce but dans le contexte de l'Initiative des activités visant l'imputabilité sociale de l'Association des facultés de médecine du Canada (AFMC). Il siège à un groupe de travail sur la santé des Autochtones qui a présenté ses conseils à l'AFMC en mai. Le groupe de travail souhaite que toutes les facultés de médecine créent un programme afin d'attirer davantage d'étudiants autochtones vers les professions de la santé. Le groupe a aussi recommandé d'adapter un modèle de formation de l'Australie dans le contexte duquel les perspectives de la santé des Autochtones sont intégrées au cursus de base.
Le groupe de travail préconise aussi que les facultés de médecine communiquent avec les écoles secondaires. Sinon, il pourrait très bien ne pas y avoir suffisamment d'étudiants prêts à profiter des places réservées pour eux. M. King rappelle qu'il a été un des deux seuls étudiants autochtones à terminer leurs études secondaires sur 30 qui ont commencé en 9e année. Comme l'a démontré son professeur de sciences du secondaire, il faut inspirer et appuyer les enfants avant leur entrée à l'université pour les guider dans la voie du succès.