Des négociations marquées par la créativité pour s'attaquer à la pénurie d'infirmières

Les pénuries d'infirmières sont cause de stress, d'épuisement et de retraites anticipées, phénomènes qui alourdissent le stress imposé aux jeunes infirmières qui perdent l'avantage qu'offrent des mentors plus chevronnées, et ainsi de suite. Les négociations collectives peuvent-elles constituer un instrument du changement pour enrayer l'hémorragie des effectifs infirmiers du Canada?

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers, croit que les ententes syndicales-patronales ont un rôle crucial à jouer. " En contexte de pénurie, il faut faire preuve de créativité, affirme-t-elle. La stratégie traditionnelle, qui consiste simplement à augmenter le nombre d'étudiants, ne porte pas fruit. "

Les sondages récents montrent que 30 % des infirmières de moins de 30 ans veulent quitter la profession, signale Mme Silas. À 45 ans, elles commencent déjà le décompte vers la retraite. " Aujourd'hui, il faut chercher des moyens de garder les infirmières chevronnées en poste, de les inciter à continuer de travailler. "

Judith Shamian, présidente et chef de la direction de l'Ordre des infirmières de Victoria (OIV), reconnaît qu'il est vital pour la profession de maintenir le lien entre les infirmières débutantes et leurs collègues chevronnées dans tous les milieux de travail variés des infirmières.

" Nous devons nous attaquer aux problèmes que posent les conditions de travail et la satisfaction au travail à la fois pour l'infirmière en début de carrière et plus tard, lorsqu'elle est plus chevronnée. Les défis qui se posent dans les secteurs des soins communautaires et des soins à domicile diffèrent un peu de ceux qui se présentent dans le secteur hospitalier. Dans le premier cas, le personnel travaille souvent dans l'isolement et les possibilités d'établir des liens entre les débutantes et les infirmières chevronnées sont limitées. À l'OIV, nous préparons actuellement des programmes de mentorat qui permettront de s'attaquer à certains de ces problèmes. "

Linda Silas et Judith Shamian prendront toutes deux la parole au cours du Sommet national sur les ressources humaines de la santé organisé par le Conseil de la santé, qui se tiendra à Toronto le 23 juin.

Selon Mme Silas, les négociations collectives marquées par la créativité ont porté fruit dans les cas suivants notamment :

  • Au Nouveau-Brunswick, les conventions collectives permettent maintenant la retraite progressive. À 55 ans, les infirmières peuvent opter pour le travail à temps partiel, garder leurs avantages sociaux et commencer à toucher une pension. Il en découle un double avantage : on ouvre des postes pour de nouvelles diplômées tout en gardant les compétences spécialisées et le mentorat des infirmières chevronnées.

  • En Alberta, des travailleurs locaux ont emprunté une page des protocoles de la salle d'opération qui obligent une infirmière débutante à travailler aux côtés d'une infirmière plus chevronnée (et non la remplacer) pendant plusieurs mois. Cet arrangement est ajouté dans les conventions générales : l'embauche d'une nouvelle infirmière crée pour la première année un poste qui s'ajoute à l'effectif courant. Mme Silas signale que sur 30 nouvelles diplômées placées dans le contexte de l'expérience de l'Alberta, 28 sont restées en poste après la première année.
Ce genre d'innovation remet en question certaines des normes des négociations collectives - et il faut considérer avec plus de souplesse des traditions comme l'ancienneté, par exemple. Les progrès réalisés ne découleront toutefois que des efforts concertés des syndicats et des employeurs, ajoute Mme Silas. " Le milieu de travail appartient aux deux parties et si nous ne réussissons pas à les mobiliser, il n'y a pas d'innovation, d'idées ou d'argent qui régleront nos problèmes. "

Linda Silas a beaucoup d'expérience des défis posés par l'innovation dans une convention collective. Pendant qu'elle était dirigeante syndicale au Nouveau-Brunswick à la fin des années 80, elle a obtenu pour ses membres la première convention collective d'infirmières au Canada qui garantissait des avantages sociaux complets pour les infirmières à temps partiel et occasionnelles.

" Nous avons rendu le travail à temps partiel vivable. Ces travailleurs ont maintenant des services de santé et de soins dentaires, des congés payés, de l'assurance-vie, des congés de maladie et des pensions - tout comme les infirmières à temps plein ", affirme Mme Silas.

Des années plus tard, cette réussite est devenue une " arme à deux tranchants " ajoute-t-elle. " C'était la bonne chose à faire pour les travailleurs que nous représentions, mais ce progrès a aussi poussé les employeurs à exercer davantage de pressions pour augmenter le nombre de postes d'infirmière à temps partiel parce qu'il leur en coûte en fait moins cher. "

Plus de la moitié des infirmières occupent maintenant un poste à temps partiel ou occasionnel, total qui a augmenté considérablement au cours de la dernière décennie, affirme Mme Silas. Cette " précarisation " des effectifs infirmiers constitue aussi une source de préoccupation dans un rapport récent produit par une coalition nationale d'intervenants du secteur infirmier - " Construire l'avenir : une stratégie intégrée pour les ressources humaines infirmières au Canada ".