Questions aux membres du Conseil

Nous vous présentons Jeanne Besner, nouvelle vice-présidente du Conseil canadien de la santé. Mme Besner est titulaire d'un doctorat en sciences infirmières de l'Université de l'Alberta à Edmonton et d'une maîtrise en administration des services de santé. Elle est actuellement directrice des initiatives de recherche en soins infirmiers et en soins de santé dans la région sanitaire de Calgary, après avoir occupé plusieurs postes en santé publique, soins infirmiers et recherche, y compris celui d'infirmière chef de zone à Santé et Bien-être social Canada. Mme Besner préside le Groupe de travail du Conseil canadien de la santé sur les ressources humaines de la santé et sa carrière diverse et distinguée lui donne un aperçu sans pareil de la question.

  1. Quel est l'aspect le plus urgent des ressources humaines de la santé auquel nous devons nous attaquer comme pays?
    L'aspect le plus urgent du renouvellement des RHS consiste à optimiser le rôle des ressources humaines que nous avons actuellement dans le système et à les utiliser de la meilleure façon possible. Les divers rapports sur le système de santé publiés depuis cinq ans [Mazankowski, Fyke, Romanow, Kirby] révèlent que les professionnels de la santé signalent constamment que l'on sous-utilise leurs connaissances et leurs compétences spécialisées. Les attitudes historiques face aux rôles des prestateurs de soins de santé [c.-à-d. l'infirmière comme servante du médecin et ange de miséricorde] et le fait qu'on n'a pas reconnu les progrès réalisés dans la formation professionnelle en santé, ainsi que dans les soins de santé, ont contribué au fait que les professionnels de la santé comprennent mal les rôles et les capacités de leurs collègues. La non-valorisation de la contribution de tous les membres de l'équipe de soins de santé alourdit l'insatisfaction au travail et explique en partie certains de nos problèmes de maintien des effectifs. C'est tout simplement inacceptable, compte tenu particulièrement des graves pénuries d'effectifs de la santé auxquelles nous ferons face au cours des prochaines années.

  2. Quel est l'obstacle le plus important au renouvellement des effectifs des soins de santé du Canada?
    Beaucoup de prestateurs de soins de santé de nombreuses régions du Canada vivent un changement incessant depuis 10 à 15 ans. La restructuration, la décroissance, les contraintes au niveau des coûts et les pertes d'emploi au cours des années 90 ont contribué au scepticisme à l'égard du renouvellement des soins de santé et à la méfiance face aux gouvernements et à la direction. Les gens sont épuisés par les luttes et craignent que le changement préconise davantage les emplois, ce qui n'a pas aidé à réduire la protection des territoires que beaucoup considèrent comme le principal obstacle au renouvellement des RHS. De plus, la bisbille constante entre le fédéral, les provinces et les territoires et le fait qu'on n'a pas réussi à clarifier la vision de l'avenir du système de santé du Canada ont contribué au double emploi et à la territorialité entre les administrations chargées de la planification des RHS. Si nous voulons trouver une solution opportune à nos problèmes de RHS, il faudra améliorer la collaboration et la coopération entre les professions et entre le fédéral, les provinces et les territoires. Nous espérons que le Sommet sur les RHS qui aura lieu le 23 juin permettra de commencer à nouer ces liens de collaboration.

  3. Les médecins et les infirmières attirent beaucoup d'attention à cet égard, ce qui est compréhensible, mais avons-nous des défis à relever dans d'autres domaines?
    Les pénuries sont de plus en plus importantes dans presque toutes les professions de la santé et il est difficile de recruter des jeunes dans tout le secteur de la santé. Même si nous avons déjà eu de meilleurs moyens de quantifier les pénuries de médecins et d'infirmières, des preuves solides démontrent que toutes les professions ont des problèmes. Nous devons rendre les carrières en soins de santé plus attrayantes pour les jeunes et les milieux de travail plus attirants pour les effectifs actuels de la santé. Les milieux de travail qui attirent les professionnels de la santé et les gardent sont ceux où la charge de travail est gérable, le travail veut dire quelque chose, on optimise la contribution de tous les membres de l'équipe de santé, et où les relations entre collègues reposent sur le respect. Nous avons tous un rôle à jouer pour que de tels milieux de travail deviennent la norme.

  4. Croyez-vous que certaines des initiatives en cours sur les ressources humaines pourront améliorer l'accès?
    Je suis très optimiste. Je constate qu'il y a déjà beaucoup d'enthousiasme dans mon propre milieu de travail où l'on veut surmonter les obstacles à la pratique interprofessionnelle efficace. On prépare un cadre national de planification des RHS. Santé Canada a débloqué récemment des fonds pour la recherche sur la formation interprofessionnelle, effort qui vise avant tout à améliorer la capacité des professionnels de la santé d'aujourd'hui et de demain à travailler en collaboration pour répondre aux besoins des patients et des clients. Santé Canada et toutes les administrations investissent des sommes considérables dans des stratégies de recrutement et de maintien en poste. Au Manitoba, la stratégie provinciale en cinq points sur les soins infirmiers prévoit l'augmentation de l'offre d'infirmières, l'amélioration de l'accès au perfectionnement du personnel, de l'utilisation des infirmières, des conditions de travail et de la participation des infirmières à la prise de décision. L'initiative Bâtir de meilleurs lendemains des provinces de l'Atlantique inclut une formation améliorée à l'intention des prestateurs de soins de santé primaires. Il y a donc une foule d'activités en cours.

    Il se peut que les initiatives ne soient pas reliées adéquatement les unes aux autres, ce qui me préoccupe. J'aimerais qu'on élabore un cadre conceptuel qui harmonise toutes ces initiatives et précise clairement les liens entre elles. J'espère que le Forum sur les RHS qu'organise le Conseil canadien de la santé permettra de lancer, entre les représentants du gouvernement, des organismes de réglementation, des employeurs, des éducateurs et d'autres interlocuteurs [syndicats, p. ex.] un dialogue sur des stratégies de collaboration que nous pouvons mettre en œuvre pour accélérer le renouvellement des RHS au Canada.